07 février 2009
L'ECOLE
En cercle de mathématiques, nous apprenons la raisonnement, la logique. Souvent pour démontrer de vieux théorèmes, nous appelons Pythagore, Thalès et les autres mathématiciens. Ils apparaissent au milieu de nous, à peine habillés, un compas, des craies et leur barbe dans la main. Au bout de la salle, il y a une porte que nous franchissons une fois par semaine. Elle cache un laboratoire remplie d'ateliers ; on y manipule les fonctions, on trace des courbes géantes, on cherche le barycentre de deux tables, on dérive tout ce qui est dérivable.
Les cercles d'italien, d'anglais, d'espagnol... et de 54 autres langues sont les plus aimés des élèves. Les salles de pratiques sont entourées de vitrines : chaque jour, on y voit se dérouler la vie quotidienne d'une ville étrangère. Le lundi, Londres, le mardi Budapest, le mercredi Honk Hong. Des dois, distraits par le va-et-vient incessant des piétons et des voitures des grandes métropoles, la vitrine se met sur pause. Plusieurs fois par semaine, nous traversons le verre pour se rendre dans une ville anglophone, hispanique, chinoise... On met en pratique ce que l'on a appris et on visite les monuments. Après une journée on rentre. Plus de transports, plus de passeports, plus de vaccins. Ainsi, après sa scolarité, un élève a fait le tour du monde et maitrise une dizaine de langues. Toujours sans leçons de grammaires, sans devoirs notés, sans présentations orales obligatoires.
En cercle de français, on accueille aussi de grandes personnes. Baudelaire, Rimbaud, Shakespeare. Ils nous expliquent leurs textes. Et nous parlent de la vie. La salle est remplie de lettres géantes, de points et de virgules, de couleurs. On s'en sert beaucoup. On a aussi la possibilité de voyager. Mais nous ne pouvons aller que dans la nature, hors des villes. L'été on part à la mer.
En cercle d'histoire-géopraphie, nous faisons cours dehors, assis dans l'herbe. De grands historiens, des géographes, des explorateurs, des navigateurs, nous archéologues, viennent parfois avec nous, se balader dans les montagnes ou les grottes. On visite des champs de bataille, les chateaux. A chaque cercle, on retourne en arrière. Parfois même en l'an - 8000.
En cercle de sport, nous sommes en pleine nature aussi. Chacun s'épuise comme il en a envie. Tout est facultatif.
En cercle de sciences... Nous apprenons dans une salle immense et sombre. Il y a des tuyaux de partout. Des étagères pleines de produits multicolores et dangereux. Des animaux libres dans la nature dont on peut s'approcher. Des dissections virtuels. Des atomes qui flottent au dessus de nous, et parfois des brins d'ADN qui s'enroulent autour de nos cheveux. Tout est grand et concret. De grands physiciens ou des généticiens renommés viennent régulièrement. Einstein est le seul qui vient une fois par an. Il n'aime pas notre génération. Comme pour les autres cours, nous pouvons nous échapper un peu partout dans le monde, juste en traversant une vitre.
A midi, chaque élève part dans une ville au choix pour manger. Il suffit de dire à l'école où l'on part et avec qui. Hier j'ai mangé a Bombay avec des amis.
A la fin de la journée, chaque éléve quitte l'école en passant devant une grande machine. Il y passe son badge. Et un résumé des cours sort instantanément. Chaque élève les relis avant de se coucher. Et s'en souvient pour toute la vie.
L'école fonctionne sur un principe simple : tous les élèves ont compris qu'apprendre était dans leur intêret. Jamais aucun débordement, aucune punition, aucun retard. Tout le monde y trouve son compte.
18:58 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Je suis vraiment content !
C'est un très bel article, et une histoire véritablement poétique, utopique, un peu triste.
Triste, lorsqu'on pense que ce n'est qu'un rêve, une illusion vaine, un de ces systèmes imaginaires que l'on a tenté de se représenter.
Lorsque je relis cette histoire, cette envie manifeste et absconse je repense à l'Ecole d'Athènes, la fresque de Raphaël. Tous ces personnages vibrionnant de sagesse et d'érudition ... quel dommage que ce ne soit qu'un rêve.
Merci
Ecrit par : Louis | 09 février 2009
Je crois que cette école peut exister... En fait, je l'ai construite pour mon fils... bon, un peu moins sophistiquée, un peu moins parfaite, mais plus humaine peut-être... ;) Tous les matins, à peu près sans exception (je peux pour ainsi dire compter chaque exception!), je l'accompagnais dans son réveil, sans le brusquer. Si il se réveillait trop tard pour prendre son bus (ce qui était finalement très rare), je l'accompagnais en voiture à l'école. Le soir, j'étais là pour l'attendre, même si je devais retourner travailler le soir tard pour compenser. Je lui ai fait découvrir les différence et la tolérance. Il me racontait ses journées, ce qu'il aimait et ce qu'il n'aimait pas, et on compensait au besoin. Je lui ai appris jour après jour à composer avec sa réalité et à en faire que du bonheur. Ça n'a pas été très dur! Un subtil jeu d'équilibriste! Et puis un jour, on a quitté son école en octobre, pour partir en voilier. Des mois de bonheur au creux de l'hiver pendant quelques années, à faire l'école 3 demi-journées par semaine (et au retour, il reprenait ses cours, toujours en avance sur le programme...). C'était mon rêve de toujours de pouvoir lui offrir ça. Il n'y a pas longtemps, il m'a dit qu'il était conscient de sa chance... la vie lui réussit plutôt bien... Quelques années plus tard, c'est devenu un beau mec, pleins de belles valeurs... Je crois que tout est une question de priorités... et mon p'tit mec, ça a toujours été ma priorité, et pour moi, ce n'est que du bonheur! J'ai tout mis de côté, travail, projets, stabilité dans un certain sens pour être là à chaque instant. J'en ai tellement manqué étant enfant que je voulais prouver que ce n'était pas une fatalité je crois... J'aime voir le regard des autres sur notre aventure aussi...c'est un autre petit bonheur qui s'ajoute à celui de le voir si bien grandir! Je recommencerai n'importe quand!
Ecrit par : sdf de luxe | 26 mars 2009
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